Liberty

Tous les ans, nous attendons le printemps avec impatience, particulièrement au Québec où l’hiver est long!

Alors avant la véritable arrivée des beaux jours, nous avions envie de couleurs et d’en savoir plus sur le classique, floral et indémodable motif Liberty.

De gauche à droite:

Cacharel, ,

Emma and Georgina Tana Lawn™ Cotton,

Katie and Millie Tana Lawn™ Cotton,

Portrait d’Arthur Lasenby Liberty par Arthur Hacker (1913)

 

Mais avant d’être un imprimé, le Liberty est une marque créée en 1875 par un apprenti-drapier, Arthur Lasenby Liberty qui ouvre à Londres une boutique à appelée « Liberty of London », où il vend toute sorte d’objets d’extrême orient, comme des soiries, de la porcelaine fine, du papier peint ou des éventails. Constatant que ses tissus importés se dégradaient, il décide alors d’en produire lui même.

C’est donc en 1884, qu’il développe un tissu de coton très fin et délicat sous la marque « Liberty Art Fabric » où le motif, teint et imprimé en Angleterre, composé de 12 à 18 couleurs se lit à l’endroit comme à l’envers,.

Créés en pleine période Art Déco, les premiers motifs reflètent d’abord le style graphique de l’époque et les imprimés paisley. Le célèbre imprimé floral fera son apparition dans les années 1930.

En 1900, Arthur Lasenby Liberty ouvre une boutique à Paris et son tissu est alors adopté par Paul Poiret, plus tard par Saint-Laurent dans les années 1960, en pleine période « Flower Power ». Mais c’est à Cacharel que l’on doit le succès du Liberty à la fin des années 1960 grâce à un chemisier à l’imprimé fleuri qui devient l’un des meilleur vendeur de la marque.

Liberty of London a développé un grand nombre d’imprimés différents dans ses collections mais c’est le style Tana Lawn que l’on retient, le nom évoquant le lac Tana en Ethiopie, région d’où provient le coton servant à confectionner cette étoffe. À noter qu’Il faut plus de deux ans pour développer un imprimé Liberty of London, du dessin à l’usine de production.

15 000 motifs plus tard, on le retrouve désormais partout, de la haute couture au prêt-à-porter, en passant par l’ameublement ou les accessoires.

Et s’il vous prenait l’envie d’un pèlerinage textile, la boutique Liberty of London est toujours à la même adresse, sur Regent Street à Londres!

Les motifs de nos tricots torsadés

Tricotés par nos grand mères, ils ont également gagné le design d’intérieur sur les jetés, les coussins avant même d’être imprimés sur nos pyjamas.

Mais connaissez-vous l’origine des ces motifs en relief?

De gauche à droite: Steve McQueen, Grace Kelly, pêcheurs des îles d’Aran

Il faut se rendre en Grande Bretagne, plus précisément dans les îles d’Aran à  l’ouest de l’Irlande dans les années 1890-1900, peuplées de fermiers de de pêcheurs. En effet, ces chandails de laine étaient à l’origine fabriqués pour les pêcheurs par leurs femmes dans une laine épaisse, aux propriétés isolantes et résistantes à l’humidité, avant d’être commercialisés dans les années 1940.

Mais ce qui nous intéresse en particulier, ce sont les motifs bien plus complexes que les célèbres torsades, qui ornent les bras et le torse. Plusieurs hypothèses entourent leurs origines. Ils pourraient notamment s’être inspirés des dessins gravés les mégalithes présents dans la région.

Chaque chandail est composé d’un agencement de cinq à six motifs en relief reprenant des formes géométriques.

On leur attribue diverses propriétés de protection, la torsade représentant les filets des pêcheurs, symbole visant à leur porter chance et sécurité, le nid d’abeille évoquant le travail, les motifs en diamant la santé et le succès, le point de treillis représentant les paniers de pêche en signe d’abondance et de pêche fructueuse, pour n’en citer que quelques uns.

On dit aussi que ces motifs uniques à chaque famille permettaient ainsi d’identifier un pêcheur lorsqu’il s’était noyé.

Par la suite ces tricots aux motifs si reconnaissables connaîtront un succès populaire après avoir été adoptés par des vedettes de l’époque comme Grace Kelly en couverture de Vogue dans les années 1950, Steve McQueen , Elvis Presley ou encore Marilyn Monroe.

 

Les motifs du temps des fêtes

Flocons, formes géométriques, rouge, bleus et blancs, les motifs scandinaves se retrouvent partout une fois Halloween passé: sur les papiers d’emballages, le linge de maison, les pyjamas, les décorations de noël, …

Mais connaissez-vous l’origine de ces dessins? Voici une courte introduction à un très vaste et riche sujet.

De gauche à droite:

Extrait du livre 1929 le Norske strikkemønstre, par Annichen Sibbern Bøhn, publié en 1929

Extrait du film Troll i ord, de Jon Lennart Mjøen, 1954

Mitaines Selbu, extrait du livre Selbu Mittens (Selbuvotter) par Anne Bårdsgård, 2019

Norske strikkemønstre, par Annichen Sibbern Bøhn, publié en 1929

 

L’emblème du motif scandinave est incontestablement le tricot norvégien. En deux ou trois couleurs, il se compose bandes parallèles de motifs inspirés de la faune et la flore, du climat et de la vie quotidienne. On le distingue du lopapeysa islandais, où le motif est disposé en couronne, s’inspirant de parures de perles inuits.

On pourrait penser que le tricot norvégien provient d’un héritage vernaculaire mais c’est dans les années 50 que la composition des motifs en bandes telle qu’on la connaît aujourd’hui a vu le jour, appelé le motif Marius et conçu par Unn Soiland-Dale. Il est devenu l’emblème de la Norvèges suite au film culte Troll i ord, où  Marius Eriksen y porte ce modèle.

Celle-ci s’inspira beaucoup d’un ouvrage de référence publié en 1929 par Annichen Sibbern Bøhn, le Norske strikkemønstre considéré comme une bible des tricots traditionnels.

L’un des motifs les plus connu est le motif Selbu, l’étoile à 8 branches, du nom de sa région d’origine et popularisé par les équipes olympiques dans les années 1960. Rouge ou noire sur blanc, la tradition voulait qu’une jeune mariée en offre une paire de mitaines confectionnée elle-même  à tous les invités du mariage, le rouge étant la couleur des grandes occasions. Il existe plus de 400 modèles de tricots de moufles à  Seldu.

On retrouve également ce genre de motifs de roses, de branches, d’élan, de flocons dans le tricot traditionnel ailleurs en Scandinavie mais également aux Pays Baltes et en Russie. Un patrimoine textile considérable aux innombrables motifs à découvrir.

Peut-être que vous ne regarderez plus jamais le fameux ugly christmas sweater de votre collègue de la même manière au prochain party de Noël!

 

 

 

Pois ou Polka Dot?

Si simple et pourtant indémodable, le motif a pois est le fruit d’une riche histoire.
Confettis délicats ou pois graphiques, il offre une infinité de combinaisons d’échelles, de couleurs ou de rythmes.

 

Manteau Comme des Garçons, Vogue Chine I Yayoi Kusama I Modèle Almantas Petkunas, photographe: Michiel Meewis, stylisme  Nickey Warunthorn, Prestage Magazine I 

Sculpture Harumi Nakashima

 

Si le motif à pois jouit d’une plus grande liberté d’interprétation, le Polka dot se caractérise par ces ronds identiques placés à intervals réguliers.
Il faut remonter au Moyen Âge en Europe pour y découvrir que les imprimés à pois avaient alors mauvaise réputation. Aucune machine n’étant capable de dessiner des motifs réguliers et identiques, une étoffe à pois tracés de manière irrégulière était synonyme d’impureté, faisant références aux lésions laissées par les grandes épidémies comme la peste ou la lèpre.
Cette sombre image se poursuivra jusqu’à la Renaissance.

Il faut attendre le 19e siècle pour voir l’apparition de ce désormais classique indémodable.
D’abord appelé pois-suisse, quinconce en France ou lunares en Espagne (petites lunes), il apparaît avec l’invention de la machine à coudre permettant de reproduire des pois identiques.
L’association avec la danse est assez floue, cependant l’engouement pour celle-ci est immense en Europe autour des années 1840 et le motif se retrouve sur certains vêtements nés de cette “Polkamania”.
En revanche l’arrivée de ce motif aux États Unis est plus claire, marquée par l’élection de Miss America en 1926, dans son maillot de bains à pois.
Mini Mouse l’adoptera également, bien que ce motif soit difficile à animer, contribuant à le démocratiser.
Synonyme de légèreté, le pois se décline sur tous les supports, y compris à l’extrême comme en témoigne le fascinant travail de l’artiste japonaise Yayoi Kusama.

Pour la petite anecdote, c’est d’ailleurs le motif préféré de Vicky qui le revisite depuis des années avec une fascinante créativité!

 

 

 

Petite histoire de la rayure

Que savez-vous du motif rayé ? Il se compose de lignes. Verticales. Horizontales.

Mais d’où vient ce motif ? Quand est-il apparu dans l’histoire ? 

David Bowie en Kansai Yamamoto, Coco Chanel, Daniel Buren ‘De travers et trop grand – bleu,’ 2013, Love Ohlin

Accusée de troubler l’ordre divin, la rayure au Moyen Âge était réservée aux exclus de la sociétés: lépreux, prostituées, bouffons ou encore hérétiques.

Elle devient symbole domestique à partir du XVIè siècle et elle habille alors les vêtements des emplois subalternes: gens d’armes, valets, fauconniers… avant de devenir un motif contestataire pendant la Révolution française, adoptée par les avant-gardistes.

Mais le grand tournant dans l’histoire de la rayure arrive  en 1858 quand le tricot rayé devient un élément officiel de la marine nationale française, choisi pour son aspect pratique permettant d’identifier facilement le niveau hiérarchique, de repérer un homme dans l’eau et se fabriquant facilement et à peu de frais sur les métiers mécaniques.

C’est en 1913 que Coco Chanel révolutionne la mode en introduisant ce sous vêtement militaire à la garde robe féminine et il sera par la suite adopté par de nombreuses icônes comme Brigitte Bardot, Picasso, John Wayne ou Jean Cocteau avant que Jean-Paul Gaultier en fasse son imprimé phare, pour nous accompagner désormais dans toutes les occasions.

Si la rayure vous fascine autant que nous, découvrez le passionnant ouvrage de Michel Pastoureau “L’Etoffe du diable. Une histoire des rayures et des tissus rayés”.